Europe International

« Ne pas perdre de vue l’idéal européen »

Ce samedi 8 mai, le Bureau National du Mouvement des Jeunes Socialistes se réunissait dans le contexte de crise économique qui frappe l’Union Européenne. A l’unanimité, le Bureau National a adopté une position sur la crise grecque et les solutions européennes à apporter de manière globale, pour sortir de la logique spéculative actuelle.

Crise grecque: face au mur de l’argent, une véritable europe, économique, démocratique et politique

Il aura fallu attendre que la Grèce (et, plus généralement, la zone Euro) soit au bord du gouffre pour que l’Europe se décide enfin à réagir. Mis en oeuvre dimanche, le plan de sauvetage en faveur de la Grèce, élaboré par le Fond Monétaire International et les états membres de l’Union Européenne, a permis aux autorités de ce pays de reprendre leur souffle, et à tous les pays Européens, également victimes d’attaques spéculatives sans précédant, de respirer  – un peu – plus librement.

Plus généralement, cette crise grecque est le triste symptôme d’une Union Européenne impuissante, incapable de gérer une crise de ce genre et de se protéger efficacement contre les ravages de la spéculation. Il a fallu pas moins de trois sommets des chefs d’état de l’UE pour décider d’un sauvetage de la Grèce, alors que moins de deux ans auparavant, les capitales européennes avaient déboursé des sommes autrement plus importantes dans un temps beaucoup plus réduit pour secourir les banques, alors en grande difficulté. C’est avant tout les tergiversations électoralistes et nationalistes (à droite comme – hélas – à gauche) qui ont retardé le processus d’aide, et par là même augmenté de manière tout à fait irresponsable la facture finale.

L’attitude d’Angela Merkel lors des discussions est à cet égard révélatrice : plutôt que de mettre la main au porte-monnaie, la chancelière allemande aurait volontiers abandonné les Grecs à leur triste sort, allant jusqu’à suggérer leur exclusion de la zone euro. Mais les records de faiblesse de l’euro enregistrés ces dernières semaines, les intérêts des grandes banques allemandes (et françaises) en Grèce, et la menace réelle de voir la Grèce entraîner rapidement dans sa chute d’autres Etats comme le Portugal, l’Italie voire même l’Espagne, quatrième économie de la zone, ainsi que le FMI ont semble-t-il forcé Mme Merkel à finalement agir.

La solution trouvée dimanche n’est cependant ni la plus efficace ni la plus avantageuse pour la Grèce. D’abord parce qu’elle est conditionnée à la mise en œuvre d’une cure d’austérité sans précédent, qui aura des conséquences dramatiques pour la population grecque, et sape tout espoir de reprise économique en faisant entrer le pays dans une spirale récessive. Ensuite, en raison du taux élevé des prêts bilatéraux consentis : le taux choisi de 5%, certes inférieur au taux auquel la Grèce devrait emprunter sur les marchés (qui a récemment dépassé les 12%), est près de 2% au-dessus du taux du Bund allemand, généralement pris pour référence. Les Etats membres créanciers se prennent donc au passage une petite prime de risque.

De plus, de meilleures options existaient.  Il était politiquement possible de s’appuyer sur l’article 122.2 du traité de Lisbonne, qui prévoit la possibilité pour l’Union d’accorder une aide financière à un Etat membre connaissant « des difficultés ou une menace sérieuse de graves difficultés », ne donne en effet aucune précision quant à la forme de cette aide. Les Ministres des finances de la zone euro auraient donc pu faire preuve d’un plus grand volontarisme politique en permettant le financement à taux réduit par la BCE de la dette grecque (opération effectuée par la Fed en 2009), comme cela a été fait pour les banques, ou en décidant de mutualiser cette dette par le rachat à un taux unique des obligations grecques par les Etats membres les plus solides.

Enfin, au-delà de la réponse à l’urgence, des réformes plus profondes demeurent nécessaires, en particulier la refondation d’un pacte de stabilité et de croissance orienté vers le soutien à l’investissement, la création d’un Fonds monétaire européen, la mise en place d’une agence de notation publique des dettes souveraines et à une nouvelle règlementation internationale de la finance.

Le choix d’une stratégie de rigueur plutôt que de relance imposée par la zone euro à la grèce est d’autant plus inquiétante qu’elle intervient comme la première étape d’une réaction de la droite européenne. La lettre commune d’A. Merkel et de N. Sarkozy ainsi que l’annonce par François Fillon d’un gel des dépenses publics ne laissent aucun doute : la droite européenne fait le choix de se plier par avance aux exigences des fonds spéculatifs, au détriment des peules et la croissance européenne.
Le Mouvement des Jeunes Socialistes tient en outre à faire remarquer que l’Europe ne mérite pas d’être constamment cataloguée comme le mauvais élève en matière de finances publiques : le Japon ou encore les Etats-Unis ont par exemple un déficit bien plus important que la moyenne de la zone Euro. Tout le problème réside donc dans le manque patent de coordination économique au sein de l’Union Européenne. Ainsi, parce que nous sommes des européens exigeants et convaincus, porteurs d’une Europe fédérale et réellement démocratique, l’idée de voir renvoyer un pays européen au FMI nous paraît être, plus encore qu’une vraie humiliation, un contresens total.

Pour toutes ces raisons, les jeunes socialistes appellent la famille socialiste à ne pas perdre de vue l’idéal européen. La crise grecque est un exemple de plus de la nécessité du combat pour une Europe politique, qui dépasse de beaucoup les postures de façade, souvent liées aux seuls contextes nationaux.

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