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Résister, proposer, transformer!

Retrouvez le discours de conclusion du MJS 71 lors de la première édition de notre festival populaire le 18 mai dernier.

Chers amis, mes camarades,

Pourquoi parler encore de Mai 68, 40 ans plus tard ?

Beaucoup d’entre nous sont trop jeunes pour avoir connu les évènements de Mai. Beaucoup d’entre nous n’ont pas vécu l’occupation des facultés, les manifestations de masses, les barricades…toute cette effervescence politique qui fit, un temps, vacillé le pouvoir conservateur en place.

Régulièrement, le récit de ces évènements refait surface. Comme la rentrée scolaire ou les sapins de Noël, les medias en ont fait un thème récurrent, presque poussiéreux qu’ils ressortent à l’occasion, tous les dix ans…

Mes camarades, prenons garde à cette vision figée de Mai 68. Certes, les évènements en eux-mêmes ont leur importance, ils forment notre histoire commune. Mais ce qui compte par-dessus tout, c’est d’honorer l’esprit de Mai 68 ; ce grand souffle qui drainait avec lui bien plus que de la révolte, bien plus que la critique du pouvoir en place, mais un désir sans précédent de transformation sociale. Cet « esprit de Mai » continue, encore aujourd’hui, d’inspirer des générations entières d’étudiants et de travailleurs qui refusent les inégalités sociales et se battent pour un idéal de justice. C’est grâce à Mai 68 que la jeunesse d’hier et d’aujourd’hui s’est mobilisée et continue de se battre contre la précarité, contre la pauvreté, contre l’injustice, contre le racisme, contre les inégalités de toutes sortes et surtout pour qu’émerge un monde meilleur.

Sous les pavés de Mai 68 est né une des plus grandes idées politiques de ce siècle : l’idée que la jeunesse, quand elle est organisée et unie autour d’un idéal, peut transformer la société. Le Mouvement des Jeunes Socialistes revendique avec fierté cet héritage. En tant que mouvement de jeunesse, il incarne les aspirations de notre génération. En tant que mouvement politique, il transforme ces aspirations en revendications qu’il porte avec force dans le débat public. Le MJS est fils de Mai 68. A travers son combat, il fait perdurer cet « esprit de Mai » ; esprit que je résumerais en trois mots simple : résister, proposer, transformer.

Résister d’abord,

Au-delà de la révolte dans la rue, au-delà des manifestations et des barricades, les étudiants de Mai nous ont montré la voie de la résistance. Résister, c’est dire NON. NON au pouvoir en place, NON à l’oppression, NON à l’injustice, NON à l’ordre établi, NON à l’autorité quand elle étouffe la liberté, NON à la hiérarchie quand elle brime l’émancipation de l’individu. Les militants de Mai 68 avaient des dizaines de raisons de dire NON : NON à l’emprisonnement des étudiants dont le seul crime était d’aspirer à plus de liberté, NON aux violences policières, NON au libéralisme effréné, NON à un système productif qui exploite les salariés, NON au bâillonnement de la jeunesse, NON à une société moraliste et castratrice, NON, enfin, à De Gaulle, à Pompidou, à l’UNR et à leur politique conservatrice. En se dressant contre le pouvoir en place, les militants de Mai 68 nous ont montré qu’il était possible et surtout nécessaire de résister, de faire entendre la voix de la jeunesse, de ne jamais renoncer face à l’oppression.

Mes camarades, n’avons-nous pas, nous aussi, des dizaines de raisons de résister ? Face au « liquidateur », à celui qui veut définitivement « en finir avec Mai 68 », face à la politique de Nicolas Sarkozy, nous avons le devoir dire NON. J’entends souvent dire, par des personnes de droite : « Nicolas Sarkozy a été élu démocratiquement, il a été élu sur un programme, il est légitime, vous ne pouvez et ne devez rien dire ». Mais enfin, depuis quand une élection démocratique donne-t-elle l’impunité à celui qui est élu ? L’élection donne-t-elle le droit de bafouer la Constitution, de bafouer les grands principes de la République, comme la laïcité, de bafouer les droits de l’homme ? Est-ce digne d’un pouvoir démocratique d’enfermer à vie des individus, non pas parce qu’ils ont commis un crime mais simplement parce qu’ils sont considérés comme potentiellement dangereux ? Est-ce digne d’un pouvoir démocratique de pourchasser des enfants jusque dans leurs salles de classes, pour les expulser, simplement parce que l’Etat refuse à leurs parents le droit de vivre en paix ? Est-ce digne d’un pouvoir démocratique de laisser une grande partie de la population dans la misère la plus complète ? Est-ce digne d’un pouvoir démocratique d’imposer les OGM alors que nous ne savons rien de leur dangerosité, dans le seul but de satisfaire les puissants lobbies des laboratoires pharmaceutiques ? Est-ce digne d’un pouvoir démocratique de serrer la main des dictateurs dans le seul but d’obtenir de juteux contrats d’armements ?

Mes camarades, quand le pouvoir se sert des outils démocratiques pour renforcer le despotisme et mener une politique de casse sociale, nous avons un devoir de résistance. Résister, non pas avec les armes stériles de la violence, mais résister avec les armes de la République et des droits de l’Homme : résister en s’opposant aux expulsions de sans-papiers, résister en manifestant, chaque fois que la loi est injuste ou qu’elle opprime, résister à l’ultralibéralisme, résister par la grève, par la pétition, et surtout par le vote.

Proposer ensuite,

La résistance est stérile si elle ne construit pas une  alternative. Là encore, Mai 68 nous montre la voie. Mai 68, c’est la naissance de nouvelles idées, de nouveaux concepts, de nouvelles revendications. C’est la construction d’un nouveau modèle de société, plus libre, moins moraliste, plus égalitaire et plus fraternel. Mai 68, c’est aussi la révolution sexuelle, c’est la reconnaissance des minorités, c’est un formidable bouillonnement intellectuel et culturel , qui n’en finit pas d’alimenter la pensée contemporaine.

Nous devons, nous aussi, génération de 2008, proposer un nouveau modèle. Le capitalisme financier ultralibéral va droit dans le mur et nous entraîne dans sa chute. Face à lui, les grandes idéologies du XXème siècle ont vécu ; il nous faut réinventer, mes camarades. Nous, jeunes de gauche, nous devons prendre toute notre part à la rénovation des idées progressistes. Nous ne devons pas seulement faire entendre notre point de vue, nous devons inventer et construire un nouveau modèle social. Un modèle de liberté et d’émancipation, qui permettrait à chacun, d’où qu’il vienne, de vivre dans des conditions décentes. Un modèle d’égalité un modèle de justice, un modèle de fraternité, un modèle de tolérance.

Ce modèle, nous avons l’opportunité de le construire dès aujourd’hui. La rénovation du Parti Socialiste nous offre une occasion unique de débat et de réflexion. La jeunesse doit prendre toute la place qui lui revient dans ce processus. Elle doit mettre en avant des propositions concrètes : je pense, par exemple, à l’allocation d’autonomie pour tous les étudiants, à la transformation en profondeur de nos institutions pour les démocratiser, ou encore au droit à un logement décent et abordable pour tous. Dans le congrès qui s’annonce, la jeunesse doit jouer un rôle primordial en rejetant la guerre des chefs qui s’annonce, en exigeant des débats de fonds, en bousculant les vieilles lignes et en inventant le socialisme du XXIème siècle.

Transformer enfin,

Une proposition n’est rien si elle ne se traduit pas par l’action politique. C’est sans doute ce troisième aspect, partiellement manqué en Mai 68, qui nous laisse l’impression d’une révolution avortée. Mai 68 a été un formidable moment de mobilisation. Un moment où la jeunesse progressiste s’est unie, a fait front commun contre le conservatisme et a su imposer un nouveau modèle dans le débat public. Mais après Mai 68 il y eu Juin 68 et le retour de la réaction ; la large victoire gaulliste et dans la foulée encore 13 ans de la même politique, jusqu’en 1981 et l’élection de François Mitterrand.

En 2012, mes camarades, cela fera 10 ans qu’un gouvernement de gauche n’a pas été au pouvoir. Quand on a 20 ans, 10 ans c’est beaucoup. Quand on est du côté des plus faibles, 10 ans d’une politique de droite c’est une catastrophe.

Notre génération doit résister à Nicolas Sarkozy, elle doit proposer une alternative mais surtout, elle doit être en mesure de prendre le pouvoir. Non pas prendre le pouvoir pour le pouvoir, mais prendre le pouvoir pour transformer en profondeur notre société. Pour redonner, à tous ceux qui nous ferons confiance, des raisons de croire en la politique, des raisons d’espérer un monde meilleur. Non pas prendre le pouvoir par la force bien sûr, mais grâce à notre travail de réflexion et de persuasion. Prendre le pouvoir par les urnes parce que nous aurons su convaincre nos concitoyens que le modèle de société que nous portons est le meilleur pour tous.

Mes camarades, le défi qui se présente à notre génération est immense ; tout aussi immense qu’en Mai 68. Nous avons le choix entre rester passif et laisser le gouvernement en place mettre à bas un par un tous les principes qui ont fait de la France un Etat de liberté et de droit, à commencer par les principes hérités de Mai 68 ; ou bien nous pouvons, tous ensemble nous dresser contre cette politique. Nous pouvons résister, proposer une alternative crédible et transformer, à terme, notre société. Le Mouvement des Jeunes Socialistes est prêt à relever ce défi avec vous tous. A la pointe du combat contre la casse sociale, fort de son autonomie, le MJS se veut une réelle force de proposition pour préparer l’alternative politique de demain.

Camarades, enveloppés de « l’esprit de Mai », partons ensemble à l’assaut des barricades sarkozystes. Luttons sans relâche contre sa politique ; Par notre ardeur, redorons le blason de l’engagement et du combat démocratique. Redonnons à la France ses valeurs de tolérance, d’humanité, d’égalité, de liberté et de fraternité.

Que vive à jamais l’esprit de Mai, vive l’esprit de résistance, vive la jeunesse en lutte !

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