Présidentielles 2007

« Ça change des exilés fiscaux de Bercy! »

Article du Monde.fr

Le vieux soixante-huitard s’est décidé à la dernière minute. Il habite le Morbihan, ce n’est pas tout près, mais Charléty, tout de même… il n’a pas pu résister à l’appel du stade parisien où, en ce joli mois de mai 1968, Pierre Mendès France et Michel Rocard rencontrèrent 30000 sympathisants. Il a aussi été échaudé par le discours de Nicolas Sarkozy à Bercy, dimanche 29 avril, où le candidat de la droite fit de l’esprit 68 le principal coupable des maux de la société actuelle, y compris des mœurs dévoyées du capitalisme…

Alors, Gaby Cohn-Bendit, frère de Dany et barbe toujours fleurie, a pris avec sa femme le volant de son camping-car pour venir soutenir Ségolène Royal et son concert-meeting géant. Il regrette que, dans ce contexte, Dany n’ait pas paru aux côtés de la candidate. « Si on lui avait demandé, il serait venu. » Dès 16 h 30, le stade est plein comme un œuf, pelouse comprise, laissant derrière les grilles des milliers de frustrés. Atmosphère joyeuse et bon enfant. Les tribunes dansent de bras levés au rythme des « olas ».

Les chanteurs de la nouvelle chanson française défilent. Grand Corps Malade, Bénabar, Les Têtes raides… Ça change des exilés fiscaux invités à Bercy, comme Alain Prost et Johnny Hallyday! », s’enthousiasme une étudiante en droit, qui frappe dans ses mains en se dandinant sur « C’est quand le bonheur ? Aujourd’hui, avec Ségolène! » de Cali. Un peu moins « nouvelle génération », Michel Delpech rencontre un vif succès auprès des ténors du PS, qui n’ont pas oublié ses tubes de la fin des sixties. « Wight is Wight! », s’égosille le premier ministrable Dominique Strauss-Kahn, debout dans une tribune, aux côtés de son lieutenant Jean-Christophe Cambadélis et du fabiusien Henri Weber. Robert Hue et Michel Rocard, assis pour l’occasion côte à côte, reprennent aussi en chœur. « Une ambiance de ouf! », résume un militant.

 

« IDÉAL HUMAIN »

Ceux qui ont regardé les images du meeting de « Sarko », dimanche, en ont retenu la « hargne » et les propos de Michèle Alliot-Marie sur Ségolène Royal « qui change d’idées aussi souvent que de jupes ». Ici, c’est « le contraire de Bercy, note Jean-Christophe Mikhaïloff, élu radical de gauche de Paris, drapeau français à la boutonnière. Le contraire de la grandiloquence musicale, de la démonstration de force par les stars du show-biz, du culte de la personnalité. C’est un concert de soutien à un système de valeurs et non un show fanatisé autour d’une personne ».

Contre les sondages, tous croient encore en la victoire de « Ségo ». L’appel de Jean-Marie Le Pen à l’abstention a renforcé leur espoir. Laura Favali, photographe et actrice, a carrément les larmes aux yeux quand Ségolène, tout de blanc vêtue, lance cet appel évangélique : « Aimez-vous les uns les autres » : « J’ai un idéal humain, son discours y ressemble. Elle va gagner! » « La tête des gens ici, les couleurs, ce métissage, dit Thomas Forestier, 21 ans, inscrit au PS pour Ségolène Royal, c’est le vrai visage de la France. A Bercy, ils avaient l’air en uniforme.Les électeurs vont se réveiller. »

Gaby Cohn-Bendit, qui a œuvré avec son frère pour l’ouverture de Ségolène Royal au centre, pense surtout au coup de téléphone qu’il compte donner à François Bayrou. Le numéro est enregistré sur son portable. « Si elle est battue, je serai en colère contre Bayrou de ne pas avoir fait le geste qu’il peut encore faire pour que tout bascule : dire qu’il vote pour elle. »

Marion Van Renterghem

Leave a Reply

Votre email ne sera pas publié. Champs obligatoires *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>